Texte - « Aventures d'Alice au pays des merveilles » L. Carroll

fermez et commencez à taper
Tombe, tombe, tombe ! - Donc Alice, faute d'avoir rien de mieux à
faire, se remit à se parler : « Dinah remarquera mon absence ce soir,
bien sûr. » (Dinah c'était son chat.) « Pourvu qu'on n'oublie pas de
lui donner sa jatte de lait à l'heure du thé. Dinah, ma minette, que
n'es-tu ici avec moi ? Il n'y a pas de souris dans les airs, j'en
ai bien peur ; mais tu pourrais attraper une chauve-souris, et cela
ressemble beaucoup à une souris, tu sais. Mais les chats mangent-ils
les chauves-souris ? » Ici le sommeil commença à gagner Alice. Elle
répétait, à moitié endormie : « Les chats mangent-ils les chauves-souris ?
Les chats mangent-ils les chauves-souris ? » Et quelquefois : « Les
chauves-souris mangent-elles les chats ? » Car vous comprenez bien
que, puisqu'elle ne pouvait répondre ni à l'une ni à l'autre de ces
questions, peu importait la manière de les poser. Elle s'assoupissait
et commençait à rêver qu'elle se promenait tenant Dinah par la main,
lui disant très-sérieusement : « Voyons, Dinah, dis-moi la vérité, as-tu
jamais mangé des chauves-souris ? » Quand tout à coup, pouf ! la voilà
étendue sur un tas de fagots et de feuilles sèches, - et elle a fini de
tomber.

Alice ne s'était pas fait le moindre mal. Vite elle se remet sur ses
pieds et regarde en l'air ; mais tout est noir là-haut. Elle voit devant
elle un long passage et le Lapin Blanc qui court à toutes jambes. Il
n'y a pas un instant à perdre ; Alice part comme le vent et arrive tout
juste à temps pour entendre le Lapin dire, tandis qu'il tourne le coin :
« Par ma moustache et mes oreilles, comme il se fait tard ! » Elle n'en
était plus qu'à deux pas : mais le coin tourné, le Lapin avait disparu.
Elle se trouva alors dans une salle longue et basse, éclairée par une
rangée de lampes pendues au plafond.

Il y avait des portes tout autour de la salle : ces portes étaient
toutes fermées, et, après avoir vainement tenté d'ouvrir celles du côté
droit, puis celles du côté gauche, Alice se promena tristement au beau
milieu de cette salle, se demandant comment elle en sortirait.

Tout à coup elle rencontra sur son passage une petite table à trois
pieds, en verre massif, et rien dessus qu'une toute petite clef d'or.
Alice pensa aussitôt que ce pouvait être celle d'une des portes ; mais
hélas ! soit que les serrures fussent trop grandes, soit que la clef fût
trop petite, elle ne put toujours en ouvrir aucune. Cependant, ayant
fait un second tour, elle aperçut un rideau placé très-bas et qu'elle
n'avait pas vu d'abord ; par derrière se trouvait encore une petite
porte à peu près quinze pouces de haut ; elle essaya la petite clef
d'or à la serrure, et, à sa grande joie, il se trouva qu'elle y allait
à merveille. Alice ouvrit la porte, et vit qu'elle conduisait dans un
étroit passage à peine plus large qu'un trou à rat. Elle s'agenouilla,
et, jetant les yeux le long du passage, découvrit le plus ravissant
jardin du monde. Oh ! Qu'il lui tardait de sortir de cette salle
ténébreuse et d'errer au milieu de ces carrés de fleurs brillantes, de
ces fraîches fontaines ! Mais sa tête ne pouvait même pas passer par
la porte. « Et quand même ma tête y passerait, » pensait Alice, « à quoi
cela servirait-il sans mes épaules ? Oh ! que je voudrais donc avoir la
faculté de me fermer comme un télescope ! Ça se pourrait peut-être, si
je savais comment m'y prendre. » Il lui était déjà arrivé tant de choses
extraordinaires, qu'Alice commençait à croire qu'il n'y en avait guère
d'impossibles.

Comme cela n'avançait à rien de passer son temps à attendre à la
petite porte, elle retourna vers la table, espérant presque y trouver
une autre clef, ou tout au moins quelque grimoire donnant les règles
à suivre pour se fermer comme un télescope. Cette fois elle trouva
sur la table une petite bouteille (qui certes n'était pas là tout à
l'heure). Au cou de cette petite bouteille était attachée une étiquette
en papier, avec ces mots « BUVEZ-MOI » admirablement imprimés en grosses
lettres.