Texte - « Contes de la Montagne » Erckmann-Chatrian

fermez et commencez à taper
e Lagoulte : pauvres petits êtres inoffensifs, vivant, comme
l'ornithose, sous l'aile puissante du vautour.

Bientôt, Gédéon m'ouvrit une pièce somptueuse, tendue de velours
violet pavillonné d'or. Une lampe de bronze, posée sur le coin de
la cheminée et recouverte d'un globe de cristal dépoli, l'éclairer
vaguement. D'épaisses fourrures amortissent le bruit de nos pas : on
eût dit l'asile du silence et de la méditation.

En entrant, Sperver souleva un flot de sources draperies qui voilaient
une fenêtre en ogive. Je le vis plonger son regard dans l'abîme et je
compris sa pensée : il regardait si la sorcière était toujours là-bas,
accroupie dans la neige, au milieu de la plaine ; mais il ne vit rien,
car la nuit était profonde.

Moi, j'avais fait quelques pas, et je distinguais, au pâle rayonnement
de la lampe, une blanche et frêle créature, assise dans un fauteuil de
forme gothique, non loin du malade : c'était Odile de Nideck. Sa longue
robe de soie noire, son attitude rêveuse et résignée, la distinction
idéale de ses traits, rappelaient ces créations mystiques du moyen
âge, que l'art moderne abandonne sans réussir à les faire oublier.

Que se passa-t-il dans mon âme à la vue de cette blanche statue ? Je
l'ignore. Il y eut quelque chose de religieux dans mon émotion. Une
musique intérieure me rappela les vieilles ballades de ma première
enfance, ces chants pieux que les bonnes nourrices du Schwarzwald
fredonnent pour endormir nos premières tristesses.