Texte - « Le grillon du foyer » Charles Dickens

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Ce chant de la Bouilloire était une invitation et un souhait de
bienvenue pour quelqu'un qui n'était pas dans la maison, pour
quelqu'un qui allait arriver, qui approchait de cette petite
maison et de ce feu pétillant ; cela n'était pas douteux. Mistress
Peerybingle le savait bien, elle qui était assise pensive devant
le foyer. « La nuit est sombre, chantait la Bouilloire, et les
feuilles mortes jonchent le chemin ; tout est brouillard et
ténèbres ; en bas, tout est boue et flaques d'eau ; on ne voit dans
l'air qu'un point moins triste ; c'est cette teinte rougeâtre à
l'horizon, où le soleil et le vent semblent lutter pour se
reprocher le vilain temps qu'il fait. Tout est obscur dans la
campagne ; le poteau indicateur de la route se perd dans l'ombre ;
la glace n'est pas fondue, mais l'eau est encore emprisonnée ; et
vous ne sauriez dire s'il gèle ou s'il ne gèle pas. Ah ! le voilà
qui vient, le voilà, le voici ! »

En ce moment, s'il vous plaît, le Grillon poussa son cri ; coui,
coui, coui, fit-il en chorus, et sa voix était si forte en
proportion de sa taille ? on ne pouvait pas en juger, car on ne le
voyait pas, ? qu'il semblait prêt à crever comme un canon trop
chargé ; et vous auriez dit qu'il allait éclater en cinquante
morceaux, tant il faisait d'efforts pour grésillons.

Le solo de la Bouilloire était fini ; le Grillon avait pris la
partie de premier violon, et il ne la quittait pas. Bon Dieu !
comme il criait ! Sa voix aiguë et perçante résonnait dans toute la
maison ; il semblait qu'elle allait percer les ténèbres ... comme
une étoile perce les nuages. Il y avait de petites trilles et un
tremolo indescriptible dans le cri le plus aigu du Grillon,
lorsque, dans l'excès de son enthousiasme il faisait des sauts et
des bonds. Cependant ils s'accordaient fort bien, le Grillon et la
Bouilloire. Le refrain était toujours le même, mais, dans leur
émulation, ils le chantaient de plus en plus crescendo.

La jolie petite femme qui les écoutait, ? car elle était jolie et
jeune quoique un peu forte, ? alluma une chandelle, se tourna vers
le faucheur de la pendule, qui avait fait une bonne provision de
minutes, puis elle alla regarder à la fenêtre, par laquelle elle
ne vit rien a cause de l'obscurité, mais elle vit son charmant
visage se réfléchir dans les vitres, et mon opinion ? qui serait
aussi la vôtre ? est qu'elle aurait pu regarder longtemps sans voir
rien de moitié aussi agréable. Lorsqu'elle revint s'asseoir sur
son siège, le Grillon et la Bouilloire continuaient leur duo avec
le même entrain.

C'était entr'eux comme une course au clocher. Cri ! cri ! cri ! Le
Grillon l'emporte ! Hum ! hum ! hum ! La Bouilloire prend de
l'avance. Cri ! cri ! cri ! Le Grillon gagne du terrain au retour.
Mais la Bouilloire reprend encore : Hum ! hum ! Hum ! Enfin ils
s'essoufflent, ils s'épanouissent tant l'un et l'autre, le
Cri ! cri ! se confondait tellement avec le Hum ! hum ! qu'il
aurait fallu une oreille plus exercée que la vôtre ou la mienne
pour savoir qui l'emporterait. Mais ce qui ne fut pas douteux,
c'est que la bouilloire et le Grillon, tous deux au même instant,
et par un accord secret connu d'eux seuls, lancèrent leur chant
joyeux avec un rayon de lumière qui traversant la fenêtre alla
éclairer jusqu'au fond de la cour. Cette lumière, tombant tout a
coup sur une certaine personne, qui arrivait dans l'obscurité, lui
exprima à la lettre, et avec la rapidité de l'éclair, cette
pensée : ? Sois le bienvenu a la maison, mon ami ! sois le bienvenu,
mon garçon.

Ce but atteint, la Bouilloire, cessant de chanter, versa parce
qu'elle bouillait trop fort, et fut enlevée de devant le feu.
Mistress Peerybingle courut à la porte, où elle ne put d'abord se
reconnaître au milieu du bruit des roues d'une voiture, du
trépignement d'un cheval, de la voix d'un homme, des allées et
venues d'un chien surexcité, et de la surprenante et mystérieuse
apparition d'un baby.

D'où venait ce baby, et comment mistress Peerybingle s'en empara-
t-elle en un clin d'oeil, je ne sais. Mais c'était un enfant
vivant dans les bras de mistress Peerybingle ; et elle semblait en
être fière, pendant qu'elle était doucement attirée vers le feu
par un homme grand et robuste, beaucoup plus grand et plus âgé
qu'elle, qui se baissa pour l'embrasser.

- Oh ! mon Dieu, John ! dit mistress Peerybingle. Dans quel état
vous êtes avec ce mauvais temps !

Il était vraiment dans un état pitoyable. L'épais brouillard avait
déposé sur ses cils un chapelet de gouttes d'eau congelées ; et ses
favoris imprégnés d'humidité brillaient à la clarté du foyer des
couleurs de l'arc-en-ciel.

- En effet, Dot, répondit John lentement, en déroulant le fichu
qui lui entourait le cou et en se chauffant les mains, ce n'est
pas un temps d'été. Il n'y a rien d'étonnant que je sois ainsi
fait.

- Je ne voudrais pas m'entendre appeler Dot, John. Je n'aime pas
ce nom. Et la moue de Mistress Peerybingle semblait dire qu'elle
l'aimait beaucoup.

- Qu'êtes-vous donc ? répondit John en la regardant de son haut
avec un sourire, et en l'étreignant avec autant de délicatesse que
pouvaient le faire sa large main et son robuste bras.

Ce brave John était si lourd mais si doux, si grossier à la
surface et si sensible au fond du coeur, si massif en dehors, mais
si vif au dedans ; si borné, mais si bon ! Ô mère Nature, donne à
tes enfants cette poésie de coeur qui se cachait dans le sein de
ce pauvre voiturier, ce n'était qu'un voiturier, et quoiqu'ils
parlent en prose, quoiqu'ils vivent en prose, nous te remercions
de nous faire vivre dans leur compagnie.

On aurait eu plaisir à voir Dot avec sa petite figure et son baby
dans ses bras, une vraie poupée que ce baby ; elle regardait le feu
d'un air pensif, et inclinant sa petite tête délicate sur le côté
du grand et robuste voiturier, avec une grâce demi naturelle, demi
affectée. On aurait eu plaisir à voir celui-ci la soutenir avec
une tendre gaucherie, et faisant de son âge mûr un soutien pour la
jeunesse de sa femme. On aurait eu plaisir à voir la servante
Tilly Slowbody, attendant qu'on la chargeât du soin du baby,
regarder ce groupe d'un air d'intérêt, les yeux et la bouche
ouverts, et la tête en avant. Ce n'était pas moins agréable de
voir John le voiturier, sur une observation de Dot, retenir sa
main qui était sur le point de toucher l'enfant, comme s'il
craignait de le briser, et se contentant de le regarder à distance
avec orgueil ; tel qu'un gros chien ferait vis-à-vis d'un canari,
s'il arrivait qu'il en fût le père.

- N'est-ce pas qu'il est beau John ? Comme il est joli quand il
dort.

- Bien joli, dit John, très joli. Il dort presque toujours,
n'est-ce pas ?

- Mon Dieu, non, John.

- Oh ! dit John d'un air réfléchi. Je croyais qu'il avait
généralement les yeux fermés.

- Bonté de Dieu. John, vous l'éveillez.

- Voyez comme il les tourne, dit le voiturier étonné, et sa
bouche, il l'ouvre et la ferme comme un poisson doré.

- Vous ne méritez pas d'être père, dit Dot, avec toute la dignité
d'une matrone expérimentée. Mais comment sauriez-vous combien il
en faut peu pour troubler les enfants, John ? et elle coucha
l'enfant sur son bras gauche, en lui frappant doucement le dos de
la main droite, après avoir pincé l'oreille de son mari en riant.

- C'est vrai, Dot, dit John : je n'en sais pas grand chose. Pour
ce que je sais c'est que j'ai joliment lutté avec le vent ce soir.
Il soufflait du nord-ouest, droit contre la voiture, tout le long
du chemin en revenant.

- Pauvre vieux, vraiment ! s'écria mistress Peerybingle en
reprenant son activité. Tenez. Tilly, prenez mon précieux fardeau,
pendant que je vais tâcher de me rendre utile. Je crois que je
l'étouffait de baisers. a bas ! Boxer, à bas ! John, laissez-moi
faire le thé, et puis je me mettrai à travailler comme une
abeille.

Comment fait la petite abeille ?

vous avez appris la chanson quand vous alliez à l'école, John !

- Je ne la sais pas toute, répondit John. J'étais sur le point de
la savoir toute ; mais je l'aurais gâtée je crois.

- Ha ! ha ! dit Dot en riant, et elle avait le plus joli rire que
vous ayez entendu. Quel cher vieux lourdaud vous faites, John.