Texte - « L'oiseau blanc : conte bleu » Denis Diderot

fermez et commencez à taper
La fée rit beaucoup des petits esprits qu'il avait laissés là. « Et cette
belle princesse qui vous a pensé faire mettre à la basilique ? lui
dit-elle ironiquement.

- Ah ! l'ingrate, s'écria-t-il, la cruelle ! qu'on ne m'en parle jamais.

- Je vous entends, reprit Vérité, vous l'aimez à la folie. »

Cette réflexion fut si lumineuse pour le prince, qu'il convient
sur-le-champ qu'il aimait.

- Mais que prétendez-vous faire de ce goût ? lui demanda Vérité.

- Je ne sais, lui répondit Génistan ; un mariage peut-être.

- Un mariage ! reprit la fée ; tant pis ! Je vous avais, je crois, trouvé
un parti plus sortable.

- Et ce parti, demanda le prince, quel est-il ?

- C'est, dit la fée, une personne qui a peu de naissance, qui est d'un
certain âge, et dont la figure sévère ne plaît pas au premier coup
d'oeil, mais qui a le coeur bon, l'esprit ferme et la conversation
très-solide. Elle appartenait à un jeune philosophe qui a fait fortune à
force de ramper sous les grands, et qui l'a abandonnée : depuis ce temps,
je cherche quelqu'un qui veuille d'elle, et je vous l'avais destinée.

- Pourrait-on savoir de vous, répondit le prince, le nom de cette
délaissée ?

- Polychresta, dit la fée, ou toute bonne, ou bonne à tout ; cela n'est
pas brillant ; vous trouverez là peu de titres, peu d'argent, mais des
millions en fonds de terre, et cela raccommoder vos affaires, que les
dissipations de votre père et les vôtres ont fort dérangées.

- Très-assurément, madame, répondit le prince, vous n'y pensez pas :
cette figure, cet âge, cette allure-là ne me vont point, et il ne sera
pas dit que le fils du très-puissant empereur du Japon ait pris pour
femme une princesse de je ne sais où ; encore, s'il était question d'une
maîtresse, on n'y regarderait pas de si près ... »